Poules au potager: mon expérience dans un jardin de ville

Dans ce long témoignage, Sylvie, Maître-Maraicher bruxelloise, nous explique comment elle a installé un poulailler dans son jardin. Elle profite de l’occasion pour distiller une tas de bonnes idées pour que cette installation soit une réussite.

Avoir quelques poules en ville apporte, peut-être encore plus qu’un potager, un sentiment de « retour à la campagne ». Il suffit de voir les réactions émerveillées des amis de mes enfants, et de leurs parents,  lorsqu’ils visitent mon jardin.

La combinaison bien étudiée d’un poulailler et d’un jardin potager permet de mettre en place une synergie qui bénéficie à la fois aux légumes et aux gallinacés.

Mon jardin comprend une zone de 75 m² (environs 9 m sur 8), divisée en 2 par une clôture munie d’un portillon. Une moitié est dédiée au maraîchage et l’autre aux poules. J’ai en permanence de 3 à 5 poules pondeuses qui me donnent une moyenne de 3 œufs par jours pendant toute l’année. Je n’ai pas de coq, c’est d’ailleurs interdit dans ma commune.

photo: Silou

Ce que les poules peuvent apporter au potager

1. Préparation et entretien du terrain: elles sont une aide au défrichage et à l’élimination des mauvaises herbes, elles ameublissent la terre en la grattant en surface.

2. Limitation des ravageurs: elles se nourrissent d’insectes, de larves, de limaces qui détruisent les cultures.

3. Production d’engrais naturel: elles produisent des déchets organiques pouvant être compostés ou revalorisées en engrais.

À lire également: que font les Maîtres-Maraichers bruxellois?

Les besoins des poules

Si elles disposent de suffisamment d’espace, les poules ne demandent que peu de soins. Mais une présence quasi quotidienne est nécessaire, sauf si on dispose d’un moyen automatisé de les alimenter en eau et en grains.

1. Alimentation

Les poules pondeuses sont omnivores, si elles se nourrissent principalement de grain (mélange pour poules pondeuses), elles ont aussi besoin de manger de la verdure fraîche et des insectes qu’elles trouveront par leurs propres moyens. On peut également leur donner pratiquement tous les déchets de cuisine et restes de repas. Elles ont également besoin d’eau.

“Pour être en bonne santé, les poules ont besoin d’un espace avec de la terre et de la végétation”

2. Espaces extérieurs: enclos ou parcours

Pour être en bonne santé, les poules ont besoin d’un espace avec de la terre et de la végétation où elles peuvent courir, gratter le sol pour chercher des vers, grignoter de la verdure, prendre des bains de poussière pour se débarrasser des parasites.

Il faut compter minimum 20 m² par poule, dit-on sur les sites spécialisés, et il est vrai que si la surface est trop petite, elles souffriront de stress. La promiscuité favorisera la prolifération des parasites et la propagation des maladies. De plus, elles transformeront très vite leur enclos en un désert de poussière ou de boue sans aucune végétation, ce qui ne sera ni esthétique, ni bon pour elles. Il faudra donc adapter le nombre de poules à l’espace disponible pour leur enclos. Mais il est également possible de palier au manque d’espace permanent par d’autres aménagements, comme par exemple, permettre de temps en temps des sorties vers les autres zones du jardin, organiser un parcours mobile ou effectuer des rotations entre l’enclos des poules et le potager.

L’enclos des poules doit offrir des zones d’ombre comme des zones ensoleillées, avec de préférence des buissons et arbustes. Personnellement, j’ai installé un coin avec des branchages où elles adorent se réfugier pour bénéficier d’ombre ou rechercher larves et insectes. Parfois elles s’y cachent même pour pondre.

Si l’on dispose d’un verger clôturé, on peut également y laisser courir les poules qui mangeront une partie des fruits trop murs tombés au sol.

La zone dédiée aux poules dont être entourée de clôtures d’une hauteur minimale de 1,20 m pour qu’elles ne puissent pas s’en échapper. Je conseille également de couvrir la zone où elles seront nourries d’un filet, car malheureusement en ville les pigeons auront vite repéré votre poulailler et s’inviteront de plus en plus nombreux aux repas.

 

3. Le poulailler

Il faut aux poules un abris pour dormir. Il existe de nombreux modèles de poulaillers préfabriqués mais on peut aussi l’aménager dans une cabane de jardin existante, ou encore le construire à l’aide de matériaux de récupération. Quoi qu’il en soit, il y a des règles à respecter. Il faut adapter la taille du poulailler au nombre de poules et choisir un modèle que l’on peut facilement entretenir. Il devra idéalement disposer de pondoirs (casier ou bacs où s’installer pour pondre), et de perchoirs (pour dormir) à différentes hauteurs.

Personnellement j’ai un poulailler de type « cabane » ou je peux entrer et me tenir debout, de cette manière il me sert également d’entrepôt pour mes outils de jardin. Il est construit à l’aide de matériaux de récupération et disposé contre 2 murs dans un angle de mon terrain.

photo: Silou

Les poules produisent des déjections de manière permanente, il faut donc prévoir une litière à l’endroit où elles dormiront (perchoirs, paniers…). Cette litière peut être constituée de paille, d’herbes séchée… Pendant un certain temps j’ai utilisé de la sciure de bois récupérée chez un menuisier du quartier. A présent je recouvre les bacs et casiers où mes poules passent leur nuit de papier journal. Ainsi je peux facilement recueillir leurs fientes et maintenir ces bacs propres.

Il faut que le poulailler soit absolument inaccessible aux prédateurs, car il y a des renards qui s’aventurent même dans les quartiers les plus urbanisés de Bruxelles ! Et si les poules rentrent d’elles même dans leur poulailler dès la tombée du soir, elles ne ferment pas la porte toute seule. Aussi certains poulailler préfabriqués sont disposés sur pilotis ou possèdent un système de fermeture automatique.

Par chance, mon jardin est situé en intérieur d’îlot et est entouré de murs de 2 m de haut. Je dispose donc déjà d’une clôture efficace contre les renards.

À lire également: Comment construire son bac de cultures

L’endroit où on installe le poulailler doit être mûrement réfléchi, d’autant plus si on souhaite profiter à long terme d’une synergie efficace avec le potager. Chez moi l’implantation dans un angle du terrain paraissait évidente à l’époque de sa construction. Ce choix était justifiée par la configuration initiale du jardin et a permis d’économiser du temps et des matériaux de construction, mais maintenant je le considère comme une erreur.

J’ai débuté le poulailler avant le potager, parce que je ne disposais pas du temps nécessaire pour m’occuper des deux. Lorsque j’ai commencé à créer mon potager, mes poules ont été d’une grande aide en ce qui concerne la préparation du terrain.

Par contre, n’ayant pas planifié l’espace en tenant compte de l’installation future d’un potager, je n’ai rien mis en place pour pouvoir profiter au mieux de la synergie poule/potager sur le long terme.  Si c’était à refaire, en tenant compte de mon expérience actuelle, j’aménagerai les lieux autrement. La planification préalable permet en effet d’économiser beaucoup de temps et d’énergie par la suite.

Photo: Silou

L’utilité des poules pour le potager

1. Elimination des déchets organiques et production de déchets compostables

Quotidiennement je jette tous les déchets compostables dans l’enclos de mes poules, épluchures de légumes, restes de repas avec ou sans viande, … Tout y passe excepté les restes d’agrumes (que de toute façon je ne composte pas) et de poulet (pour ne pas encourager le cannibalisme). Je veille à leur donner des restes de fruits et légumes non traités (ou alors bien lavés). Quant au pain sec, il vaut mieux le faire tremper dans l’eau avant de le leur jeter.

Par après, je ramasse ce qu’elles n’ont pas consommé (les peaux de bananes par exemple) et le jette au compost.

Je donne également une partie de mes déchets verts à mes poules. On repère vite ce qu’elles préfèrent, gazon, pissenlits, renouées du japon…, mais je ne fais pas le tri, je jette tout, et ce qu’elles laissent ira ensuite au compost.

Par ailleurs, les poules produisent 3 types de déchets que je peux utiliser au bénéfice de mon potager :

  • Les fientes de poules qui sont très riches en matières azotées (N), mais aussi en minéraux comme le calcium (Ca) et le phosphore (P). Elles contiennent également de l’urée et constituent un excellent engrais organique. J’ai observé qu’elles se décomposent très rapidement. Personnellement je les jette au compost ou éventuellement, en hiver, directement sur le paillage de protection du potager.
  • Les coquilles d’œufs sont riches en calcium (Ca). Je les recycle de 3 manières :
  • en les donnant aux poules (qui ont besoin de calcium pour produire de nouvelles coquilles d’œuf solides) ;
  • pour enrichir mon compost ;
  • comme barrière anti-limace (l’efficacité n’est pas prouvée mais il me semble que combiné à d’autres méthodes cela aide).
  • Les plumes. Lors des mues les poules peuvent perdre énormément de plumes. On peut les leur laisser, car parfois elles les mangent pour compenser un manque de vitamines et favoriser la repousse des nouvelles plumes. Elles peuvent également servir de paillage ou finir au compost. Certains engrais bios sont d’ailleurs fabriqués à base de plumes.
 

2. Aide au défrichage, élimination des “mauvaises herbes”

Au début, puisque je n’avais pas de temps à consacrer à mon potager, j’ai laissé mes premières poules courir en liberté sur la totalité du terrain pendant 2 ans.

Il était à peine défriché, seuils les jeunes buddleias et les orties avaient été arrachés. Au bout d’un an, les poules avaient entièrement nettoyé le terrain de toutes les herbes qui l’envahissaient. Il était prêt à être cultivé.

3. Elimination de certains nuisibles 

Les limaces pondent souvent dans des interstices que seul un bec d’oiseau peut atteindre, et il semble que leurs œufs soient un délicieux caviar pour les poules !

La présence de poules m’a permis de diminuer considérablement la population de limaces. Avant, à la moindre pluie, mon jardin et se couvrait littéralement de limaces. Après un an de nettoyage du terrain par mes poules ce phénomène a disparu. Bien sur les limaces reviennent, d’où l’intérêt de pouvoir effectuer ce nettoyage régulièrement.

4. Travail et enrichissement de la terre

Durant les 2 années pendant lesquelles elles ont préparé le terrain, mes poules ont gratté la terre pour y trouver leur nourriture. Avec leurs griffes elles ont réduit en morceau les feuilles, et déchets verts qui s’y trouvaient, les aidant à se décomposer plus vite. Leurs fientes abandonnées sur le sol ont contribué à l’enrichir.

 

La gestion de la synergie poules / potager

Une fois le terrain bien défriché et nettoyé par mes travailleuses à plume, j’ai clôturé la partie destinée au potager pour leur en interdire l’accès. C’est alors que le l’ai divisé en deux part égale à l’aide d’une clôture, laissant une moitié aux poules et installant le potager de l’autre côté.

Schéma 1   (Photo: Silou)

En effet, on ne peut malheureusement pas les laisser courir librement entre les allées du potager, car non seulement elles adorent dévorer certains légumes mais également parce que la vue d’une surface de terre nue, fraîchement remuée ou d’un paillage les rend frénétiques. Elles détruiront tout pour rechercher les petits insectes et vers qui s’y cachent.

Les poules ne déterreront pas les arbustes une fois qu’ils sont bien enracinés mais elles auront tendance à creuser la terre autour pour y prendre des bains de poussière car la terre y est en général plus nue et meuble. J’ai planté un figuier et de petits fruitiers dans l’enclos des poules mais cela a nécessité de les protéger derrière un grillage pendant plusieurs mois après la plantation.

Les premières années, faute de temps et d’expérience, je ne cultivais que des courges. J’ai remarqué que si elles disposaient de suffisamment d’autres verdures à grignoter, les poules ne font aucun dégât aux plants bien enracinés et suffisamment grands.

Par contre, elles raffolent des plantes de haricots et de pois, tout comme des feuilles et fruits des framboisiers.

Elles ne s’attaquent pas aux aromatiques comme le romarin, l’origan ou la menthe. Mais pas question de les laisser à proximité des laitues, carottes, radis, roquettes, fraisiers, betteraves ….

Elles ne mangent pas les feuilles des plants de tomates mais adorent leurs fruits bien mûrs.

Laisser les poules pénétrer au potager demande donc une gestion complexe : protection des semis par des clôtures, installation des plantes qu’elles préfèrent hors de leur portée … Cela demande beaucoup de travail et de surveillance.

Personnellement, je laisse chaque année mes poules s’ébattre au potager à la fin de l’hivers pendant une bonne semaine, juste avant les premiers semis de printemps. Elles vont alors s’en donner à cœur joie à déchiqueter les restes de paillages et d’engrais verts, enlever les herbes qui commencent à germer, manger un maximum d’insectes et limaces. Mais en dehors de ce moment ou le potager est nu, il est exclu qu’elles y pénètrent.

Mais s’il y a moyen d’aménager l’espace de manière à ce qu’elles disposent en permanence d’un espace à défricher plutôt que d’un enclos où l’herbe ne pousse plus, c’est bien meilleur pour elles.  C’est aussi plus bénéfique pour le potager.

Si c’était à refaire, j’installerai donc plutôt mon poulailler au centre du terrain de manière à pouvoir facilement réaliser une alternance entre la zone potagère et celle accessible aux poules.

Par exemple comme ceci :

Schéma 2  (Photo: Silou)

Celles-ci pourraient ainsi disposer d’une moitié de terrain à nettoyer pendant 1 an. L’année suivante les légumes seraient plantés dans la partie défrichée, pendant que les poules s’occuperaient de l’autre moitié, et ainsi de suite les années suivantes.

Seules certains aménagements peuvent rester permanents : arbres, petits fruitier, rocaille à aromates, ceux que les poules n’attaquent pas une fois qu’ils sont bien enracinés et développés.

Si l’on possède plus de place, on peut intégrer une année « poules » dans un système de rotation des cultures, avec par exemple 4 parcelles (ou plus), installées autour d’un poulailler central) comme dans cet exemple :

Schéma 3   (Photo: Silou)

 

                                PARCELLE A                             PARCELLE B                            PARCELLE C                               PARCELLE D

AN 1                       poules                                       légumineuses                         racines                                       feuilles/fruits

AN 2                       légumes feuilles/fruits            poules                                     légumineuses                           racines

AN 3                       légumes racines                       feuilles/fruits                         poules                                        légumineuses

AN 4                       légumineuses                           racines                                     feuilles/fruits                           poules

 

Ou encore, installer un tunnel pour poules (amovible ou permanent) par lequel elles peuvent accéder à différentes zones en fonction des besoins (Photo : Leslie Wray Doyle).

Photo : Leslie Wray Doyle

Ainsi, par un aménagement bien conçu vos poules vous apporteront une grande aide au potager en vous permettant d’appliquer un principe fondamental de la permaculture : chaque élément a plusieurs fonctions.

Pour finir, j’ai trouvé cet article sur internet relatant d’autres exemples que je partage avec vous :                https://potagerdurable.com/3-facons-de-reconcilier-poules-et-potager/

N’hésitez pas à partager vos expériences avec moi ou à laisser en commentaire d’autres exemples que vous rencontreriez.

Sylvie

Une formation à l'initiative de Bruxelles Environnement, gérée et animée par l'asbl Tournesol-Zonnebloem