Comment attirer les insectes pollinisateurs dans son potager?

Sous l’action des pesticides, des monocultures, de la diminution des espaces sauvages et du changement climatique, les populations d’insectes ont diminué de près 80% ces dernières années (Halmann et al., 2017). Pourtant ils sont des auxiliaires incontournables à une bonne récolte et à la préservation de la biodiversité. Constituer un havre pour les insectes pollinisateurs est assez facile et permettra d’attirer d’autres occupants du jardin.

Qu’est-ce qu’un insecte pollinisateur?

Un insecte pollinisateur désigne toute espèce qui, en butinant les fleurs pour se nourrir, transporte le pollen de fleur en fleur et en assure ainsi la pollinisation. Il s’agit donc des hyménoptères (abeilles domestiques et sauvages, bourdons…) mais aussi des diptères (dont les syrphes), lépidoptères (papillons) et coléoptères. Tous ces insectes floricoles sont actuellement en régression par les pesticides et la destruction de leurs habitats sauvages.
La plus connue du grand public est l’abeille domestique. Considérée comme la “sentinelle de l’environnement” car l’objet principal des études académiques sur le sujet, cet insecte social voit ses populations chuter d’année en année, sous la pression du parasite varroa destructor, des monocultures (peu de diversité, déclenchement de disette à la fin de la floraison) et des pesticides (dont les systémiques). Cependant, d’autres insectes, moins étudiés, sont également fortement touchés par ce contexte défavorable. C’est notamment le cas des abeilles sauvages, dont le rayon d’action est, pour certaines espèces, de 300 m autour de leur nid (les abeilles domestiques et certains papillons peuvent parcourir quant à eux 3 km et plus pour trouver une source de nourriture). Tous ensemble, ces insectes contribuent à la pollinisation de nos cultures et à la biodiversité générale en se partageant les tâches. Certaines nectars ne seront accessibles qu’aux butineurs dotés d’une langue suffisamment longue (ou, comme les bourdons, qui sont susceptibles de percer un petit trou dans la corolle pour atteindre le nectar). La pollinisation d’un arbre entier (par exemple le châtaignier, le marronnier, le tilleul) est surtout l’affaire des abeilles domestiques (à l’origine, des abeilles de forêt) qui, de par leur nombre, vont pouvoir assurer une pollinisation rapide et importante, difficilement réalisable par les abeilles sauvages uniquement. D’autres insectes, comme la Belle-de-nuit (un papillon), vont s’atteler à la pollinisation nocturne des fleurs.

Dans ces conditions, que peut faire le jardinier-maraîcher pour aider ces populations fragiles?

Bannir les produits chimiques

Par produits chimiques, nous entendons les pesticides (insecticides, fongicides, herbicides..), qui mettent en danger tout insecte qui rentre à son contact. Très utilisés en agriculture, ils sont en grande partie responsables du déclin massif des insectes dans notre pays. Il est donc primordial de bannir tout produit agressif et privilégier les méthodes naturelles (paillage, arrachage, sarclage, purins et décoctions). Notons à ce sujet que la bouillie bordelaise, très utilisée contre le mildiou, est très toxique pour les sols et la faune (dont les pollinisateurs).

Favoriser des plantes mellifères

Les plantes mellifères sont riches en nectar et en pollen, ce dernier étant nécessaire pour nourrir le couvain (les larves).
Il n’est pas inutile de laisser les adventices non invasifs, qui, sans porter préjudice aux plantations vont être appréciés des butineurs. C’est le cas notamment du trèfle et du pissenlit qui représentent beaucoup d’intérêt pour leur haute valeur mellifère et pollinique.

Les plantes mellifères sont en outre une excellente opportunité de recenser les butineurs diurnes, et plus généralement, d’observer leur rôle crucial dans le maintien de la biodiversité. Vous observerez par exemple un comportement de constance florale chez l’abeille domestique, le bourdon et certains papillons dans le choix des fleurs butinées. Ces butineurs vont ainsi polliniser une seule sorte de fleur lors d’une session de butinage, assurant par là un transfert optimal du pollen au sein de la même espèce florale. Ainsi, une abeille peut bouder la phacélie car il y a de la ronce juste à côté, ou préférer le pissenlit aux fleurs de haricots, pourtant percées au préalable par des bourdons zélés… Votre parcelle de sarrasin en fleurs pourra être visitée uniquement par de jolis coléoptères, qui en assureront à eux seuls une pollinisation optimale.

Est-ce que je risque de me faire piquer?

La plupart des femelles d’abeilles, de bourdons et de guêpes sont dotées d’un appareil vulnérant (soit un dard). Les abeilles solitaires, très farouches, préféreront la fuite. Les abeilles mellifères (domestiques) et les bourdons n’attaqueront que dans le périmètre direct de l’emplacement de leur colonie, s’ils la considèrent comme menacée par votre présence (ce qui est loin d’être systématique!). Il est donc utile d’éviter les gestes brusques et les vêtements trop amples qui pourraient piéger un butineur égaré. Une odeur forte (parfum) ou un orage approchant est aussi susceptible de les contrarier. En règle générale, évitez autant que possible de vous positionner juste devant l’ouverture d’une ruche ou d’un hôtel à insectes. Cela dérange leur plan de vol (qui est précis au centimètre près) et vous risqueriez de les inquiéter. Décalez vous légèrement, de façon à laisser l’entrée dégagée et asseyez vous pour les observer. Si votre présence les opportune, les gardiennes (chez les abeilles sociales uniquement) vous le feront comprendre par des vrombissements d’intimidation autour de votre tête. Au jardin ou au potager, un insecte butineur qui passe de fleur en fleur est concentré sur sa tâche, et n’aura donc aucune raison de vous attaquer.

 

Simplifier le travail au potager

Si toutes les fleurs du potager seront visitées par les butineurs (notamment les courges et autres cucurbitacées qui produisent d’importantes quantités de nectar), certaines plantes sont également intéressantes pour le jardinier.

– La phacélie : Très mellifère, cette plante a de multiple vertus. Utilisée en engrais vert, elle sera fauchée (avant sa montée en graines) et incorporée dans le sol ou utilisée en paillage. Lors de la préparation du sol, ses feuilles très couvrantes empêcheront les adventices de pousser et ses racines ameubliront la terre, la rendant plus facile à travailler. Si la phacélie peut se planter durant toute la belle saison, il est intéressant de planifier une floraison en septembre/octobre, quand les autres fleurs se font plus rares. Le pollen de la phacélie, d’une jolie couleur bleutée, servira de nourriture d’appoint pour le couvain, et son nectar de réserve pour les butineurs qui hivernent (seuls ou en groupe).

– La bourrache officinale : Semée dans le potager comme plante condimentaire, elle éloigne les limaces. Très appréciée des butineurs, elle secrète un abondant nectar.

– Le tournesol : Le tournesol est très apprécié des pollinisateurs, qui y trouvent une grande quantité de pollen et de nectar. Non fauché, ses graines attireront les oiseaux en automne et hiver.

– La lavande : Toutes les variétés de lavandes produisent un abondant nectar. La lavande est utilisée pour éloigner les limaces mais aussi en haie de protection des cultures. Elle doit être taillée tous les ans car ne repart pas sur le bois.

Installer un hôtel à insectes

Devenus très populaires ces dernières années, notamment via les actions de sensibilisation du grand public du projet européen SAPOLL, les nichoirs à abeilles sont en vente un peu partout. Pour autant, certaines précautions sont à prendre afin de favoriser le bon développement des insectes que vous y accueillerez. Premièrement, l’hôtel doit être positionné dos au Nord et jamais à l’ombre, afin de bénéficier un maximum de la chaleur de la journée. Il ne doit pas être déplacé (ou de nuit) sous peine de déboussoler ses occupants. Attention à l’hygiène des matériaux utilisés, qui doivent être changés régulièrement (tous les ans ou tous les deux ans), sous peine de voir proliférer des maladies, qui se déclenchent également en cas d’une trop forte humidité. A noter que 70% des abeilles solitaires font leurs nids dans la terre (ou le sable). Les hôtels à insecte accueillent donc principalement les 30% restant, comme l’osmie cornue, connue pour son caractère très pacifique.

Bibliographie

Silberfeld, T., & Reeb, C. (2013). Guide des plantes mellifères: 200 plantes de France et d’Europe. Delachaux et Niestlé.

Terzo, M., & Rasmont, P. (2007). Abeilles sauvages, bourdons et autres insectes pollinisateurs.

Hallmann, C. A., Sorg, M., Jongejans, E., Siepel, H., Hofland, N., Schwan, H., … & Goulson, D. (2017). More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PloS one, 12(10), e0185809.

Pour aller plus loin

Doté de subsides publics, le projet SAPOLL est un plan d’action transfrontalier (France, Belgique) en faveur des pollinisateurs sauvages. Vous trouverez sur leur site les actions de sensibilisation organisées à l’attention du grand public, mais aussi des fiches pratiques pour identifier les insectes pollinisateurs de votre jardin/potager.

Auteurs : Sophie F. Dufresne & Hamdoun El Ksili

Une formation à l'initiative de Bruxelles Environnement, gérée et animée par l'asbl Tournesol-Zonnebloem