par Laetitia, maître-maraîchère bruxelloise

Cultiver des plantes aromatiques et médicinales en pot

 

Dans ce texte, Laetitia revient sur la culture de plantes aromatiques en ville et nous parle de sa propre expérience en la matière.

Dans les villes où les paysages sont fragmentés par l’activité humaine et où les parcelles se font rares, le jardinier est amené à cultiver le moindre petit espace : balcon, terrasse, cour, toit, mais aussi façade, mur, rebord de fenêtre, partie de trottoir. Ce contexte urbain nous amène également à repenser nos manières de cultiver, à découvrir de nouvelles formes d’agriculture et à rechercher des variétés adaptées à notre terroir et à la culture hors-sol. En ville, la culture des plantes aromatiques et médicinales a toute sa place car elle peut se pratiquer sur de très petites surfaces. Par ailleurs, les zones urbaines jouissent souvent de microclimats protégés et d’espaces à l’abri du vent, ce qui convient très bien à ce type de plantes.

La culture des plantes aromatiques et médicinales présente de multiples intérêts. En plus de leur intérêt thérapeutique et culinaire bien connu et de leur atout ornemental évident, ces plantes ont de nombreuses fonctions.

Elles sont nectarifères et mellifères et attirent les insectes pollinisateurs qui transportent le pollen d’une fleur à l’autre, permettant la fécondation des fleurs et la fructification. Cette pollinisation essentielle au maintien de la biodiversité, est tout aussi indispensable pour le développement de nos cultures potagères avoisinantes.

Plusieurs d’entre elles, comme le souci, la camomille, le thym ou l’absinthe, jouent le rôle de plantes compagnes car elles produisent des substances qui éloignent les ravageurs et maladies (nématodes, piéride du chou, mildiou, rouille). Ces substances diffusées par voie racinaire, mais aussi par les feuilles et les fleurs, permettent aussi d’optimiser la croissance de nos légumes et de renforcer la teneur des aromatiques en huiles essentielles. Ceci étant, il existe aussi des associations antagonistes. Les Artemisia (absinthe, aurone, armoise) et la livèche, par exemple, inhiberont la croissance des plantes voisines. On évitera donc de les mettre trop près de nos plantes potagères et encore moins dans un même pot.

D’autres aromatiques et médicinales, comme l’achillée millefeuille ou la capucine sont des plantes relais qui servent d’hôte à des auxiliaires prédateurs (larves de coccinelle, forficule…) qui permettront de réguler les attaques de ravageurs présents sur les autres plantes.

Enfin, une partie de ces plantes telles que la prêle, consoude, bardane, pissenlit, lavande, saponaire et tanaisie servent à confectionner des purins, infusions et décoctions destinées à fertiliser nos plantes ou lutter contre certains ravageurs ou maladies telles que les maladies cryptogamiques.

En dehors de certaines plantes comme l’angélique, le bouillon-blanc ou la grande aunée qui ont besoin de place pour développer leurs racines profondes, la plupart des plantes sauvages aromatiques et médicinales peuvent se cultiver en pot. En revanche, la culture en pot exige des soins, un arrosage plus régulier et l’apport de fertilisants plus fréquent qu’en pleine terre.

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Des pots adaptés et un bon paillage

On choisira de préférence des contenants de grande taille (30 cm de largeur et de profondeur est idéal) afin de permettre aux racines de se développer. Une bonne évacuation de l’eau est cruciale car l’humidité persistante fait pourrir les racines. On choisira donc des matières qui ne retiennent pas trop l’eau comme la terre cuite ou le géotextile. On veillera aussi à recouvrir le fond du pot avec des tessons de poterie, des cailloux ou des billes d’argile pour faciliter le drainage.

En toute saison, il est vivement conseillé de pailler les plantes en pot afin de limiter l’évaporation par temps chaud et de protéger les racines du froid en hiver. On pourra utiliser de la paille, des tontes de pelouse ou engrais verts fauchés exempts de pesticides, certaines feuilles mortes ainsi que du broyat.

Un substrat adéquat

Lors du repiquage des plants, on veillera à choisir un substrat adapté à chaque plante. La plupart des plantes médicinales préfèrent un sol léger perméable à l’eau qui se réchauffe facilement au printemps et se draine facilement grâce à sa structure poreuse. On pourra prendre une base composée de 2/3 de terreau et d’1/3 de terre de jardin plus riche en minéraux. Certaines plantes supportent des sols plus riches comme la consoude, l’aspérule odorante ou la mauve. Les plantes méridionales comme le thym, le romarin, la sauge, la sarriette, l’hysope et la lavande, préfèrent un sol alcalin (PH entre 6,5 et 7,5). On pourra si besoin ajouter des amendements calcaires (lithotamne, cendre de bois, poudre de roche). Les menthes, la myrtille, le genévrier auront besoin d’une terre plus riche avec un PH plus acide (5 à 5,5).

Un emplacement pensé

L’exposition étant un facteur déterminant pour la vie et la santé des plantes, on se penchera sur la question des besoins en ensoleillement de chaque plante en se référant à son milieu d’origine. Une plante de garrigue, comme le romarin ou l’hysope, aura un besoin d’ensoleillement plus important qu’une plante de sous-bois comme l’aspérule ou l’ail des ours. Une plante de milieu humide comme la reine-des-prés ou la guimauve devra être arrosée abondamment et ne devra pas être placée en plein soleil.

Les techniques de multiplication appropriées

La plupart des plantes aromatiques et médicinales se sèment au printemps, à partir du mois de mars ou avril, à l’exception de celles qui nécessitent une vernalisation pour germer. Alors que les plantes annuelles (souci, pavot de Californie) et bisannuelles (rose trémière, aunée, échinacée) germeront sans difficulté, la situation est plus complexe pour les vivaces. Contrairement aux plantes potagères, les plantes médicinales vivaces et sauvages prennent leur temps pour germer. Ces plantes n’ont pas été sélectionnées, modifiées et hybridées afin d’obtenir un taux de germination maximal. Bien au contraire, la graine possède des substances inhibitrices ralentissant sa germination afin d’éviter que toutes ses graines ne germent en même temps et la même année. Il s’agit d’une stratégie de la nature destinée à minimiser les pertes et à assurer la survie de l’espèce. Pour pallier à cela et augmenter le taux de germination, il nous est possible d’user de certaines parades telles la vernalisation ou de recourir à d’autres techniques de multiplication plus rapides pour les vivaces comme le bouturage ou la division de touffes.

1° Les semis

On choisira les semis pour toutes les annuelles et bisannuelles. On privilégiera des semences biologiques et reproductibles et, si possible, adaptées à notre terroir comme Semailles ou Cycle en Terre. On choisira un terreau fin que l’on agrémentera de sable (Une poignée de sable pour 5 poignées de terreau) afin de favoriser un bon drainage et éviter la fonte des semis due à la stagnation de l’eau dans les pots. Même si les vivaces germent plus lentement et plus difficilement, il est tout à fait possible de réussir ses semis, à condition de semer une grande quantité de graines pour maximiser ses chances de réussite et d’user de certaines parades calquées sur la nature visant à augmenter le taux de germination des graines :

La vernalisation : Certaines graines auront besoin de la vernalisation, c’est-à-dire le passage par le froid, pour lever la dormance et germer. On pourra dès lors les semer à l’automne à l’extérieur afin qu’elles passent l’hiver au froid ou les mettre préalablement au réfrigérateur avec un petit peu de sable humide dans un petit sac plastique pendant 4 semaines. C’est le cas de l’échinacée, de la verveine officinale, de l’aspérule odorante, de l’ail des ours, de la mélisse, de la fumeterre et du houblon.

La lumière : D’autres graines, souvent très petites, auront besoin de lumière pour germer. C’est le cas du bouillon blanc, du millepertuis, du basilic, de l’achillée millefeuille, de la mélisse. On les sèmera dès lors en humidifiant et tassant bien la terre mais sans jamais les recouvrir.

La scarification : Enfin, il existe des plantes dont les graines sont protégées par une couche extérieure si solide qu’elle ne permet pas à l’eau de pénétrer dans la graine et de lever la dormance. Dans ce cas, on procèdera à la scarification, au moyen de papier de verre au grain fin, pour endommager le tégument. C’est le cas de plusieurs plantes de la famille des fabacées dont la réglisse.

2° Le bouturage

Presque toutes les vivaces se multiplient par bouturage, de juin à août. On bouturera de préférence les jeunes pousses de l’année, fermes mais non lignifiées. Celles-ci ayant besoin d’un taux important d’humidité, on recouvrira la plante d’un film plastique percé. Cette technique convient très bien à l’absinthe, la sauge, l’hysope, la lavande, la verveine, la mélisse ou le romarin. D’autres espèces se multiplient plutôt par fragment de racine prélevé sur la plante-mère. On procèdera de la sorte au printemps pour les vivaces aux grandes racines charnues comme la guimauve, la consoude, la tanaisie ou pour celles qui ont des racines traçantes comme la menthe ou l’estragon.

3° La division de touffes

Cette technique de multiplication très bien adaptée aux vivaces se fera au printemps ou à l’automne. Elle consiste à déterrer le tronc racinaire de la plante et à le diviser. Origan, livèche, mélisse, ciboulette, aspérule, achillée millefeuille, valériane s’y prêtent très bien.

La fertilisation

Etant donné l’espace limité dont elles disposent, la plupart des plantes en pot demandent une fertilisation régulière pendant les saisons de végétation et de fructification car leurs racines ne peuvent aller puiser les nutriments dont elles ont besoin dans le sol. Lors du repiquage ou du rempotage, on utilisera un engrais organique (purin de consoude ou d’ortie). On veillera ensuite à ajouter un engrais liquide dans l’eau d’arrosage une ou deux fois par mois pendant la période de croissance entre mars à août. Il ne faut cependant pas oublier que la plupart des aromatiques et, plus particulièrement celles de garrigue, sont des plantes sobres qui nécessitent peu de fertilisants. En revanche, les plantes gourmandes comme la mauve, la guimauve, la menthe, la mélisse et le houblon auront davantage besoin de fertilisation.

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La lutte biologique

Les plantes en pot sont plus sensibles aux maladies et ravageurs, en particulier pucerons, aleurodes et araignées rouges. Même si l’installation d’abris à insectes favorise les syrphes, forficules, coccinelles, chrysopes, prédateurs de certains ravageurs, il est moins facile d’installer un équilibre biologique en terrasse qu’au jardin. On envisagera donc des moyens de lutte biologiques, comme la plantation de plantes relais, l’utilisation de purins à base de plantes, ainsi que les associations de plantes. Changer les plantes régulièrement de pot et y alterner les familles peut aussi contribuer à interrompre le cycle de développement de parasites.

Pour plus d’informations, voici une petite bibliographie

BEISER R., 2012, Créer un jardin de plantes médicinales au jardin et en pots, éd. Ulmer

PEYTAVI V., 2016, 55 plantes médicinales dans mon jardin, éd. Terre vivante

MAGUIRE K, 2017, Un potager sur le balcon, éd. Marabout

THEVENIN T., Plantes médicinales production et cueillette, cours dispensé à l’ARH

Site de Christophe Bernard : https://le-jardin-des-medicinales.com

Laetitia

Une formation à l'initiative de Bruxelles Environnement, gérée et animée par l'asbl Tournesol-Zonnebloem